Marine Guerbet

La métaphysique pour penser l’historicité de l’homme et de la vérité: actualité de la pensée de Thomas d’Aquin

Pour Thomas d’Aquin, l’histoire de l’humanité comme l’histoire de chaque personne individuelle peut se décrire comme une croissance vers la vérité tout entière, croissance qui se fait progressivement, dans le temps er donc dans l’histoire.

Cette croissance progressive est due à la corporéité de l’homme, dont l’intellect, en puissance, tabula rasa, tire des réalités sensibles ce dont il a besoin pour penser et progresser vers la vérité. La dimension corporelle de l’homme implique aussi l’être politique de celui-ci : c’est dans le « corps » d’une communauté qu’il grandit vers la vérité, ne pouvant par lui-même acquérir toutes les sciences nécessaires pour pouvoir à ses besoins (et aussi se livrer assidument à la contemplation).

La réflexion sur l’acquisition de la vérité, dans ses principes fondamentaux, peut dès lors se comprendre non seulement de façon objective (quant à ce qui est découvert progressivement) mais aussi quant aux conditions d’acquisition de cette vérité.

L’histoire de l’humanité se comprend avec cette charpente métaphysique : aller de l’imparfait au parfait, découvrir progressivement la vérité et ainsi le visage de Dieu, ce n'est pas d’abord une conséquence du péché originel, mais cela fait partie de la structure même de l’homme, de sa spécificité, de sa place dans l’univers et est à la racine de tout ce qui, dans son histoire, est lié à la Chute et la Rédemption. La connaissance de Dieu n’est pas au principe comme quelque chose qui a été perdu, car Dieu n’est pas, dans une perspective thomasienne, le premier mais le dernier connu (bien qu’il soit source de toute vérité), et ce avec ou sans péché originel. En cela il prend ses distances par rapport à Augustin et son « platonisme », et reprend Aristote à son compte, mais aussi l’apport postérieur de Denys l’aréopagite.

En bref, nous voulons montrer que chez Thomas, la métaphysique est à la racine de l’histoire, la nature à la racine de la culture. Sans cela, non seulement les développements philosophiques, mais aussi l’histoire du salut selon Thomas ne sont pas compréhensibles.

Nous voudrions exposer ce point dans cette communication et montrer qu’il nous semble tout à fait pertinent pour penser la recherche philosophique contemporaine, et notamment la tension entre philosophie analytique et contemporaine, entre approche très rationnelle de la philosophie et approche historicisée.