Mario Marosan

Pratiques de la démocratie et théories du complot :

critique du désintéressent esthétique

Le 27 juin 2020, Borat Margaret Sagdiyev, personnage de fiction interprété par l’humoriste britannique Sacha Baron Cohen, s’est infiltré dans le rassemblement « March for Our Rights 3 » à Olympia, dans l’État de Washington : il s’est déguisé en chanteur de country et a interprété sur la scène une chanson aux paroles polémiques[1]. « Les porteurs de masques. Qu’est-ce qu'on va en faire ? Leur injecter la grippe de Wuhan. Les journalistes. Qu’est-ce qu’on va en faire ? Les découper comme le font les Saoudiens », a-t-il notamment chanté. Le geste de Sacha Baron Cohen, ce geste ridicule et absurde, constitue une réponse forte à l’irrationalisme (mis de l’avant par des paroles qui manifestement n’appartiennent pas au domaine de la raison): force est de constater qu’il réussit en quelque sorte à désarmer le théoricien du complot et la théorie même du complot, les complotistes et le complotisme, simultanément. Aujourd’hui, ces théories du complot[2] font couler beaucoup d’encre et elles semblent faire l’objet d’une attention croissante. Les politiciens s’en préoccupent de plus en plus, les chercheurs – dans les humanités comme dans les sciences – les étudient, et les journalistes nous proposent régulièrement des enquêtes au cœur des différents mouvements complotistes. Dans ces conditions, le but de la présente communication est de justement déplier la question des théories du complot, à partir d’une perspective philosophique – qui est malheureusement aujourd’hui trop souvent écartée au profit d’explications sociologiques, psychologiques et scientifiques. Or, c’est précisément une telle perspective qui permet de ne pas négliger et de justement interroger l’esprit « théorique » derrière les lectures complotistes. Pour ce faire, trois parties structurent l’argumentation. D’abord, via un retour à l’étymologie même du mot « théorie » et le glissement du moment « pratique » vers celui « esthétique ». Ensuite, c’est du côté du monisme « atomique » de Parménide et du monisme radical des théoriciens du complot que notre analyse va s’orienter, afin d’attirer l’attention sur l’influence exercée chez les théoriciens du complot par l’idée selon laquelle toutes les choses s’insèrent ultimement ensemble de manière parfaitement cohérente. Enfin, l’étude de la place du désintéressement esthétique, du plaisir et de l’attrait pour l’unité dans l’univers complotisme va nous permettre d’ouvrir la réflexion en insérant une distinction fondamentale entre « auditeur » et « spectateur » : entre phénoménologie auditive et visuelle, interrogeant les pratiques de la démocratie, aujourd'hui.


[1] Voir : https://www.youtube.com/watch?v=O5ryIztqI5g&feature=emb_title

Consulter : https://www.reddit.com/r/olympia/comments/hh9tsj/sacha_baron_cohen_trolls_a_crowd_in_olympia_today/

[2] Par exemple, les théories du complot autour des vaccins contre la maladie à coronavirus 2019, et sur l’origine du virus.